La Dynamite à Vocations

14 Mars, 2022
Provenance: fsspx.news
La Dynamite à Vocations

Où sont les vocations ? Cet article met en évidence quelques raisons pour lesquelles les vocations se font rares, et propose des solutions pour y remédier.

Si nous avions un ennemi juré et que s'offrait à nous un moyen inespéré de pouvoir le combattre efficacement, nous nous empresserions de le prendre évidemment. La dynamite est souvent très efficace pour faire sauter tout ce qui nous résiste.

Le diable déteste les hommes. Il leur voue une haine mortelle, surtout envers ceux qu'il soupçonne être plus saints et plus aimés de Dieu. La vocation, qu'elle soit religieuse ou sacerdotale, est un signe infaillible de la prédilection spéciale de la Sainte-Trinité, et le diable, qui fut un jour la plus belle créature sortie des mains du Créateur, s'étouffe de jalousie lorsqu'il découvre une âme appelée par Dieu. Que ferait-il maintenant si le monde mettait à sa disposition un moyen quasiment imparable de faire "voler en éclats" ce trésor si précieux de la vocation ?

Et malheureusement, ce moyen existe. Il serait faux de dire que c'est un moyen diabolique, une invention du diable lui-même. C'est le génie humain qui l'a mis au point. C'est un outil de travail et de communication redoutablement efficace et épouvantablement puissant. Grâce à lui, nous pouvons entretenir des relations virtuellement sociales dans le monde entier en quelques clics, nous avons un accès illimité à tout ce qui nous est désirable, une réponse rapide, même si superficielle, à toutes nos questions, une liaison quasi permanente avec les personnes qu'on aime, une liberté d'action virtuelle et de consommation inégalée et non régulée par notre entourage direct ou par les circonstances de temps et de lieu, une possibilité de dire haut et fort tout ce qui nous passe par la tête sans être trop inquiétés. Et tout cela tient dans une poche. Cet outil est absolument génial, probablement l'une des plus grandes inventions humaines. Et par conséquent, il est terriblement dangereux. Car plus un outil est performant plus il est dangereux : on ne met pas une tronçonneuse dans les mains d'un enfant, surtout si c'est pour jongler ! On ne met pas non plus un cellulaire intelligent dans les mains d'un adolescent, surtout si c'est pour jouer. Ce serait tout simplement criminel !

Et ceci est d'autant plus inconscient et criminel si nous avons le désir de voir naître parmi nos enfants des vocations sacerdotales ou religieuses. En effet, voici les critères que donne le pape Pie XI dans son encyclique "Ad catholici sacerdotii dignitatem" du 20 décembre 1935 pour discerner les vocations : à l'intention de se donner à Dieu pour sauver les âmes doit être unies une piété solide, la pureté de la vie et l'effort pour acquérir la science suffisante. Puis le pape précise ce qu'il entend par pureté de vie en exhortant les confesseurs à écarter des séminaires et des maisons de formation religieuses ceux qui sont « réfractaires à la discipline et à la dépendance, ou qui sont trop portés à la sensualité » par le manque d'esprit de sacrifice. Si nous devions résumer, voici donc les vertus que doit s'efforcer de garder précieusement un jeune homme ou une jeune fille qui se sent appelé par Dieu : la piété, par le recueillement et l'exercice de la présence de Dieu ; la docilité et l'obéissance, par la soumission du jugement et de la volonté à ceux d'un autre ; la mortification, en veillant à garder toujours dans l'ordre nos affections sensibles ; enfin, la studiosité, en refusant de se satisfaired'une connaissance touche-à-tout et superficielle, et en étant conscient que l'acquisition de la science exige l'effort pour qu’elle soit profonde et véritable. 

Le cellulaire est une véritable dynamite qui peut bien faire exploser ce bel organisme de vertus, nécessaire pour prétendre entrer un jour en religion. Il faut être conscient des dangers qu'il représente,  et convaincu que le diable fera tout pour l'utiliser à nos dépens. Notre piété sera peu à peu rongée par l'impossibilité de rester recueillis, surtout si nous sommes touchés par le syndrome de la notification compulsive. Notre docilité et notre obéissance seront mises à mal par l'inévitable esprit d'indépendance que fait naître l'usage (très) personnel de cet outil. L'abondance de relations (virtuelles pourtant) et la facilité pour les entretenir créera peu à peu au fond de notre cœur une dépendance affective toujours plus forte, à tel point que certains jeunes, plus faibles par rapport aux occasions de péché contre la pureté, témoignent qu’ils ont préféré vivre pendant longtemps en état de péché mortel et risquer leur âme à chaque instant plutôt que de se séparer de leur cellulaire. La consultation si facile et si fréquente des médias, des vidéos, des nouvelles, et de toute autre sorte de contenus désirables suivant l'envie du moment, finira par détruire notre recueillement déjà bien abîmé, mais risquera surtout d'anéantir en un temps record, notre studiosité, notre ardeur au travail, notre effort personnel pour acquérir la sagesse et pour former notre jugement. Le risque ultime, et on le constate autour de nous, indubitablement, c'est une superficialité crasse qui s'installe à tous les niveaux. Et le jour où nous aurons à poser le choix définitif et l'engagement total de nous-mêmes pour quelque chose de plus grand que nous, nous en serons devenus incapables.

Lorsqu'un danger est si important, il vaut mieux se poser la question à plusieurs reprises : est-ce vraiment nécessaire pour moi, est-ce qu'il vaut vraiment la peine de m'exposer ainsi à de si graves conséquences ? Si oui, ai-je bien considéré le péril présent et mis en place des règles strictes, qui empêcheront le diable d'user de ce moyen si facile pour dynamiter mon âme, et, qui sait, ma vocation ? Devant Dieu, en âme et conscience, disons avec toute la sincérité d'un Saül terrassé sur le chemin de Damas : " Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?" Mettre en pratique la réponse qui s'offrira à nous. Sans attendre et sans discuter. Le monde en a plus que jamais besoin ! "La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux."

Abbé P. Perrot