A Kamloops, pas un seul corps n'a été retrouvé

15 Février, 2022
Provenance: Prieuré Sainte-Famille
Le cimetière de la réserve de Kamloops étant tout proche, est-il vraiment crédible que les restes de 200 enfants aient été enterrés clandestinement - dans la réserve elle-même - sans aucune réaction du conseil de la nation jusqu'à l'été dernier ?

Article de Jacques Rouillard, professeur émerite de l'Université de Montréal, paru dans The Dorchester Review

Après sept mois de récriminations et de dénonciations, où sont les restes des enfants enterrés au pensionnat indien de Kamloops ?

La Presse Canadienne vient d'honorer les enfants des pensionnats comme "Personne de l'année 2021". L'énorme histoire médiatique de l'été dernier est née de la numérisation d'une partie du site de l'intérieur de la Colombie-Britannique où le pensionnat a fonctionné de 1890 à 1978. La "découverte" a été signalée pour la première fois le 27 mai dernier par Rosanne Casimir, chef de la Première Nation Tk'emlúps te secwépemc, après qu'une anthropologue, Sarah Beaulieu, a utilisé un radar à pénétration de sol pour rechercher les restes d'enfants qui, selon certains, seraient enterrés là. Il s'agit d'une jeune anthropologue, enseignante en anthropologie et en sociologie à l'Université de la vallée du Fraser depuis 2018. Son rapport préliminaire est en fait basé sur des dépressions et des anomalies dans le sol d'un verger de pommiers près de l'école - et non sur des restes exhumés. Selon la chef Casimir, ces "enfants disparus" représentent des "décès non documentés". Leur présence, dit-elle, est depuis longtemps "connue" dans la communauté et "certains n'avaient que trois ans"[1].

À partir de nouvelles recherches révélées lors d'une conférence de presse tenue le 15 juillet de l'année dernière, l'anthropologue a ramené le potentiel de découverte de 215 à 200 "sépultures probables". Ayant "à peine gratté la surface", elle a trouvé de nombreuses "perturbations dans le sol telles que des racines d'arbres, du métal et des pierres". Les "perturbations relevées par le radar", dit-elle, l'ont amenée à conclure que les sites "ont des signatures multiples qui se présentent comme des sépultures". Mais elle ne peut pas le confirmer tant que le site n'a pas été fouillé - si jamais il l'est. Un porte-parole de la communauté dit que le rapport complet "ne peut pas" être communiqué aux médias[2]. Pour le chef Casimir, "il n'est pas encore clair si la poursuite des travaux sur le site de Kamloops impliquera des fouilles".

La "découverte" de Kamloops en 2021 a créé une sensation majeure au Canada et à l'étranger. Sur la base de l'évaluation préliminaire et avant que des restes ne soient trouvés ou qu'un rapport crédible ne soit établi, le Premier ministre Justin Trudeau a immédiatement évoqué "un chapitre sombre et honteux" de l'histoire canadienne[3]. Le Premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, s'est dit "horrifié et le cœur brisé" d'apprendre l'existence d'un site d'inhumation de 215 enfants qui met en lumière la violence et les conséquences du système des pensionnats[4]. Plusieurs autres communautés autochtones et médias ont ensuite enchaîné en évoquant des tombes non marquées.

Le 30 mai, le gouvernement fédéral a mis en berne les drapeaux de tous ses bâtiments. Plus tard, il a institué un nouveau jour férié pour honorer les enfants "disparus" et les survivants des pensionnats. Spontanément, des grappes de chaussures, de chemises orange et d'autres objets ont été déposés sur les marches des églises de nombreuses villes ou sur les marches des assemblées législatives en mémoire des petites victimes. Dans tout le pays, des églises ont été brûlées ou vandalisées. Des statues sont peintes à la bombe et démontées en représailles apparentes au sort des enfants. La statue de la reine Victoria devant l'Assemblée législative du Manitoba a été défigurée et arrachée. À Montréal, la statue de Sir John A. Macdonald, le premier premier ministre du Canada, a été renversée, sa tête de bronze détachée roulant symboliquement sur le sol.      

Dans le sillage des revendications non fondées des dirigeants autochtones, plusieurs médias ont amplifié et amplifié l'histoire en alléguant que les corps de 215 enfants avaient été retrouvés, ajoutant que des "milliers" d'enfants avaient "disparu" des pensionnats et que les parents n'avaient pas été informés. Les sites non perturbés sont même devenus des "fosses communes" où les corps étaient jetés pêle-mêle.

Ces prétendues "nouvelles" ont fait le tour de toutes sortes de médias, ternissant l'image de soi et la réputation du Canada à l'étranger. Sous le titre "Horrible histoire : Mass Grave of Indigenous Children Reported in Canada", le New York Times du 28 mai, même mis à jour le 5 octobre, rapporte que "Pendant des décennies, la plupart [sic] des enfants autochtones du Canada ont été enlevés à leur famille et placés de force dans des pensionnats. Un grand nombre d'entre eux ne sont jamais rentrés chez eux, leurs familles n'ayant reçu que de vagues explications, voire aucune ". La communauté autochtone "a trouvé des preuves de ce qui est arrivé à certains de ses enfants disparus : une fosse commune contenant les restes de 215 enfants sur le terrain d'un ancien pensionnat"[5].

Faux rapports

Ces faux rapports ont incité le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme à dépeindre la situation comme "une violation des droits de l'homme à grande échelle." L'ONU a exhorté les autorités canadiennes et l'Église catholique à mener "des enquêtes approfondies sur la découverte d'un charnier contenant les restes de plus de 200 enfants" - là encore avant qu'un seul corps vérifié n'ait été exhumé[6]. Amnesty International demande que les personnes et les institutions responsables des "restes" qui ont été "trouvés" à Kamloops soient poursuivies[7].

Il est tout à fait ironique que la Chine, qui est probablement le pays qui a le plus violé les droits de l'homme dans l'histoire, ait demandé au Tribunal des droits de l'homme des Nations Unies, en juin 2021, une enquête sur les violations des droits de l'homme commises à l'encontre des populations autochtones du Canada. Cette demande a été formulée juste avant que les responsables canadiens lisent une déclaration visant à permettre au chef des droits de l'homme de l'ONU d'accéder au Xinjiang pour enquêter sur la détention illégale de plus d'un million de musulmans ouïghours. Trudeau a répondu que le Canada disposait d'une Commission vérité et réconciliation, mais que "la Chine ne reconnaît même pas qu'il y a un problème"[8].

Les auteurs supposés de ce "crime" trouvent également des excuses : les gouvernements, les communautés religieuses, la Conférence des évêques catholiques. En juin, le pape François a exprimé sa douleur pour "la découverte choquante au Canada des restes de 215 enfants" à Kamloops[9] et, dans un geste exceptionnel, a promis de venir au Canada. Les leaders autochtones exigent des excuses formelles et certains (dont Rosanne Casimir) que l'église offre davantage de compensations aux survivants[10]. Pour connaître la vérité sur les tombes non marquées, le gouvernement canadien a débloqué en juin une enveloppe de 27 millions de dollars pour "identifier et délimiter les sites de sépulture, et ramener les restes chez eux s'ils le souhaitent"[11].

En ne soulignant jamais qu'il ne s'agit que de spéculation ou de potentialité, et qu'aucune dépouille n'a encore été trouvée, les gouvernements et les médias ne font qu'accorder du crédit à ce qui est en réalité une thèse : la thèse de la "disparition" des enfants des pensionnats. D'une allégation de "génocide culturel" avalisée par la Commission de vérité et de réconciliation (CVR), nous sommes passés à un "génocide physique", une conclusion que la Commission rejette explicitement dans son rapport[12]. Et tout cela n'est basé que sur des anomalies du sol qui pourraient facilement être causées par des mouvements de racines, comme l'anthropologue elle-même l'a mis en garde lors de la conférence de presse du 15 juillet.

Selon un autre anthropologue, Scott Hamilton, qui a travaillé sur les cimetières des pensionnats pour la CVR entre 2013 et 2015, il faut être très prudent avec l'utilisation du géoradar car le sol peut avoir été perturbé au fil des ans par "la texture sédimentaire, des discordances d'origine culturelle, des obstructions ou des vides"[13]. Un projet visant à tester le sol avec la même méthode au pensionnat de Brandon au Manitoba, qui a débuté en 2012 et a été relancé en 2019, n'a pas encore donné de résultats concluants. En juin, l'équipe de recherche travaille à identifier 104 tombes potentielles et doit encore consulter les archives du pensionnat et interroger les survivants[14].

Dans son rapport de 2015, la CVR a recensé 3 200 décès d'enfants dans les pensionnats. Étonnamment, elle n'a pas été en mesure d'enregistrer les noms d'un tiers des enfants (32%) ou pour la moitié (49%) la cause du décès[15]. Pourquoi y a-t-il tant d'élèves des pensionnats "sans nom" ? Selon le vol. 4 du rapport, il y a "d'importantes limitations tant au niveau de la qualité que de la quantité des données que la Commission a pu compiler sur les décès survenus dans les pensionnats"[16].

En fait, chaque trimestre, les directeurs d'école rapportaient le nom des élèves fréquentant l'école financée par le gouvernement et précisaient le nom des élèves décédés. Mais "dans de nombreux cas", indique le rapport, les directeurs d'école se contentaient de signaler le nombre d'enfants décédés l'année précédente, sans les identifier. Ou bien, ils pouvaient donner un total du nombre d'élèves décédés depuis l'ouverture d'une école spécifique, mais sans indication du nom, de l'année ou de la cause du décès[17].

La Commission a inclus tous ces élèves sans nom dans le total des décès d'élèves. Cela signifie que les décès d'élèves ont pu être comptés deux fois : à la fois dans le rapport trimestriel des directeurs d'école et dans la compilation générale sans nom. La Commission a admis qu'il est possible que certains des décès enregistrés dans le registre nominatif soient également inclus dans le registre non nominatif[18].

Cette méthode manifestement biaisée gonfle considérablement le nombre d'élèves disparus et l'état réel des connaissances concernant leur décès. Et ce sont ces informations erronées qui sont à l'origine de l'hypothèse selon laquelle tous les élèves non nommés ont disparu sans que leurs parents en soient informés et que les écoles les ont grossièrement enterrés dans des fosses communes.

Il est probable que cette lacune méthodologique concerne les années antérieures à 1950, car le taux de mortalité enregistré par la Commission dans les pensionnats de 1921 à 1950 (décès nommés et non nommés) est deux fois plus élevé que celui des jeunes Canadiens de la population générale âgés de cinq à quatorze ans pour les mêmes années. Ce taux de mortalité était en moyenne d'environ quatre décès par an pour chaque millier de jeunes fréquentant les pensionnats. Leurs décès étaient principalement dus à la tuberculose et à la grippe lorsque la Commission pouvait en identifier la cause.

D'autre part, le taux de mortalité dans les pensionnats était en fait comparable à la moyenne canadienne de 1950 à 1965, toujours pour les jeunes âgés de cinq à quatorze ans[19]. Cette baisse par rapport à la période précédente est très probablement le résultat de l'inoculation par des vaccins qui a eu lieu dans les pensionnats comme dans les autres écoles canadiennes.

Décès dans les pensionnats de Kamloops

La Comission a exprimé l'espoir qu'une enquête plus approfondie serait menée sur les rapports de décès dans les écoles industrielles, et Rosanne Casimir a déclaré qu'il est "d'une importance cruciale d'identifier ces enfants perdus" à Kamloops[20]. Je suis heureuse d'annoncer ici dans THE DORCHESTER REVIEW que nous avons terminé une étude de suivi.

Fondée en 1890 à l'initiative du chef Shuswap Louis Clexlixqen (photo ci-dessous), l'école industrielle de Kamloops a été dirigée par des générations successives de prêtres et de frères des Oblats de Marie Immaculée, et par les Sœurs de Sainte-Anne du Québec. Dans les années 1950, avec environ 500 enfants, l'école était dirigée par quatre Oblats anglophones et 11 sœurs de Sainte-Anne, selon l'estimation de Frédéric Barriault, directeur de recherche au Centre de justice et de foi de Montréal. Selon lui, un pensionnat typique géré par l'Église catholique comptait deux ou trois Oblats, une douzaine de religieuses et souvent des centaines d'enfants[21]. 

Au pensionnat de Kamloops, le Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR) a officiellement enregistré les noms de 51 enfants décédés entre 1915 et 1964[22]. Nous avons pu trouver des informations sur ces enfants dans les archives de Bibliothèque et Archives Canada et dans les certificats de décès conservés par la ressource en ligne Genealogy des Archives de la Colombie-Britannique qui, semble-t-il, n'a pas été consultée par les chercheurs du CNVR[23].

La combinaison de ces deux sources donne une bonne idée de la mort d'au moins 35 des 49 élèves (deux sont des doublons)[24]. 17 sont morts à l'hôpital et 8 dans leur propre réserve à la suite de maladies ou d'accidents. Quatre ont fait l'objet d'autopsies et sept d'enquêtes du coroner. En ce qui concerne les lieux de sépulture, 24 sont enterrés dans le cimetière de leur réserve indienne d'origine et quatre dans le cimetière de la réserve indienne de Kamloops. Pour le reste des 49 enfants, l'information est soit manquante, soit il faut consulter le certificat de décès complet du B.C. Vital Statistics Agency. On est loin de l'affirmation non vérifiée selon laquelle les autorités ont négligé ou couvert d'une manière ou d'une autre leur décès, ou que les parents n'ont pas été informés, ou que les dépouilles ne sont jamais retournées chez eux. La plupart ont été informés et la plupart sont rentrés chez eux.

À partir de 1935, le ministère des Affaires indiennes a imposé une procédure spécifique pour gérer le décès d'un élève. Le directeur du pensionnat doit informer l'agent du ministère, qui forme un comité d'enquête composé de lui-même, du directeur et du médecin qui a diagnostiqué le décès. Les parents doivent être informés de l'enquête et sont autorisés à y assister et à faire une déclaration[25].

Par exemple, Kathleen Michel, 14 ans, tombe malade le 25 avril 1937 et est soignée à l'école par une infirmière, qui appelle un médecin. Le 1er mai, elle a été emmenée en voiture à l'hôpital Royal Inland de Kamloops. Elle a été traitée par un médecin mais est décédée deux jours plus tard d'une néphrite aiguë avec des causes contributives de rougeole et de dysfonctionnement cardiaque. Dans son rapport, le médecin n'a relevé aucune déficience dans les soins prodigués au pensionnat. Le père a été informé de l'enquête, mais n'a pas voulu y assister. Malheureusement, le mémoire de l'enquête ne précise pas où elle a été enterrée[26].

De façon significative, le pensionnat de Kamloops est situé au cœur même de la réserve de Kamloops - un fait qui n'est jamais rapporté par les porte-parole autochtones ou les médias. Le rapport de la CVR indique que "les écoles étaient pratiquement toutes gérées par des églises au cours des premières années du système [et] l'enterrement chrétien était la norme dans la plupart des écoles". De plus, le cimetière de l'église attenante "peut être utilisé comme lieu de sépulture pour les élèves qui meurent à l'école ainsi que pour les membres de la communauté locale et les missionnaires eux-mêmes"[27]. C'est ce qui s'est passé à Kamloops. Nos recherches montrent que quatre élèves sont enterrés dans le cimetière de la bande sur la réserve qui est situé près de l'église St. Joseph, non loin du pensionnat.

Avec le cimetière si proche, est-il vraiment crédible que les restes de 200 enfants aient été enterrés clandestinement dans une fosse commune, sur la réserve même, sans aucune réaction du conseil de bande jusqu'à l'été dernier ? Le chef Casimir affirme que la présence de restes d'enfants était "connue" de la communauté depuis longtemps. Les familles autochtones sont certainement aussi préoccupées par le sort de leurs enfants que toute autre communauté ; pourquoi n'ont-elles rien dit ? De plus, comment peut-on penser que des groupes entiers d'hommes et de femmes religieux voués à des normes morales élevées puissent conspirer pour commettre des crimes aussi sordides sans qu'il y ait de dissidence et pas même un seul dénonciateur ?

"Avec le cimetière de la réserve de Kamloops à proximité, est-il vraiment crédible que les restes de 200 enfants aient été enterrés clandestinement - dans la réserve même - sans aucune réaction du conseil de bande jusqu'à l'été dernier ?"

L'école est également proche de la ville de Kamloops. Les agents du ministère des Affaires indiennes, qui surveillent de près les activités de l'école, auraient réagi rapidement à la nouvelle de la disparition ou du décès d'enfants - s'il y en avait eu. Enfin, comme nous l'avons vu, la province exigeait la rédaction d'un certificat de décès pour toutes les personnes décédées. Au début du XXe siècle, la Colombie-Britannique n'était pas le Far West. Aujourd'hui, un chercheur qui souhaite obtenir le certificat de décès d'un enfant ayant fréquenté le pensionnat de Kamloops peut l'obtenir en entrant le nom et la date du décès sur le site Web de British Columbia Genealogical Records. Ce type de recherche est également possible dans d'autres provinces.

Terminons par un aparté sur un autre site de "sépulture sans nom" situé près d'un pensionnat, celui de la Première Nation Cowessess (Marieval) en Saskatchewan, qui a créé une nouvelle onde de choc en juin dernier après l'annonce faite à Kamloops. Fonctionnant depuis 1899 dans une région reculée, il était géré par les Oblats et les Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. La recherche en surface par géoradar y est plus avancée puisque 751 tombes bien aménagées ont été découvertes. Comme l'a montré un journaliste de CBC News, il s'agit en fait tout simplement du cimetière catholique de la Mission du Cœur Immaculé de Marie, à Marieval.

Selon le registre des baptêmes, mariages et enterrements de 1885 à 1933, il y a certainement sur place des tombes d'enfants décédés au pensionnat, mais aussi celles de nombreux adultes et enfants de moins de cinq ans des environs. "Il y avait un mélange de tout le monde dans ce cimetière", ont déclaré Pearl Lerat, résidente locale, et sa sœur, Linda Whiteman, qui ont fréquenté le pensionnat de Marieval de la fin des années 1940 au milieu des années 1950. Pearl a déclaré que "les parents, les grands-parents et les arrière-grands-parents des sœurs sont enterrés là avec d'autres personnes de l'extérieur de la Première Nation", blancs et autochtones confondus. Selon d'autres résidents vivant à proximité, les tombes avaient des croix et des pierres tombales jusque dans les années 1960, lorsqu'un prêtre les a prétendument enlevées parce que le cimetière était en "mauvais état"[28].

Selon l'historien Jim Miller de l'Université de Saskatchewan, "les restes d'enfants découverts à Marieval et Kamloops avaient été enterrés dans des cimetières selon les rites catholiques, sous des croix de bois qui s'effritaient rapidement." "La croix de bois était un marqueur d'enterrement catholique pour les pauvres", confirme Brian Gettler de l'Université de Toronto[29.] Les cimetières des pensionnats avec leurs croix de bois ressemblent probablement à l'actuel cimetière autochtone de St. Joseph dans la réserve de Kamloops.

Selon le rapport de la CVR, le cimetière servait souvent de lieu de culte et d'enterrement pour les élèves décédés à l'école ainsi que pour les membres de la communauté locale et les missionnaires eux-mêmes. Au fur et à mesure que les cimetières des pensionnats ont été abandonnés, négligés et même oubliés après leur fermeture, ils sont passés à l'arrière-plan. Dans bien des cas, ils sont devenus difficiles à localiser ou ont été utilisés à d'autres fins[30]. La Commission a proposé à juste titre qu'ils soient documentés, entretenus et protégés.

Il est difficile de croire qu'une recherche préliminaire d'un prétendu cimetière ou d'une fosse commune dans un verger de pommiers sur des terres de réserve près du pensionnat de Kamloops ait pu conduire à une telle spirale de revendications avalisées par le gouvernement canadien et reprises par les médias du monde entier. Cela donne une impression terrible et simpliste des questions complexes de l'histoire canadienne. Les exhumations n'ont pas encore commencé et aucune dépouille n'a manifestement été trouvée. Les histoires imaginaires et l'émotion l'ont emporté sur la recherche de la vérité. Sur la voie de la réconciliation, le meilleur moyen n'est-il pas de rechercher et de dire toute la vérité plutôt que de créer délibérément des mythes sensationnels ? 

 

Notes

[1] Courtney Dickson, Bridgette Watson, "Remains of 215 children found buried at former B.C. residential school, First Nation says", CBC News, 27 mai 2021, Mis à jour : 29 mai 2021 ; Tk'emlúps te secwépemc, communiqué de presse, "Remains of Children of Kamloops Residential School Discovered", 27 mai 2021.

[2] Jana G. Pruden et Mike Hager, "Anthropologist explains how she concluded 200 children were buried at the Kamloops Residential School", Globe and Mail, 15 juillet 2021, mis à jour : 16 juillet 2021.

[3] Justin Trudeau sur Twitter, 28 mai 2021.

[4] Presse canadienne, "B.C. premier 'horrified' at discovery of remains at Kamloops residential school site", 28 mai 2021.

[5] New York Times, 28 mai 2021, 5 octobre 2021.

[6] Nations Unies, Droits de l'homme, Bureau du Haut Commissaire, "Des experts de l'ONU demandent au Canada et au Saint-Siège d'enquêter sur le charnier d'une école autochtone", Genève, 4 juin 2021.

[7] Amnesty International, "Lettre au premier ministre Justin Trudeau", 14 juin 2021.

[8] Adam Taylor, "China calls for Canada human rights inquiry, pre-empting demand for investigation into abuse of Uyghurs", The Washington Post, 22 juin 2021 ; David Ljunggren, Stephanie Nebehay, "Canada's Trudeau angrily questions China seeking probe of indigenous children's remains", Reuters, 22 juin 2021.

[9] Linda Bordoni, "Le pape se dit choqué par la découverte des pensionnats canadiens et prie pour la guérison", Vatican News, 6 juin 2021.

[10] Brooklyn Neustaeter, "Indigenous leaders call for apology, compensation from Pope amid possible Canadian visit", CTV News, 27 octobre 2021.

[11] Rachel Aiello, "27 millions de dollars seront bientôt mis à la disposition des communautés pour aider à localiser les enfants qui sont morts dans les pensionnats : le gouvernement fédéral", CTV News, 2 juin 2021.

[12] Honorer la vérité, réconcilier pour l'avenir. Résumé du rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, Commission de vérité et de réconciliation du Canada, 2015, p. 1.

[13] Dr Scott Hamilton, "Où sont enterrés les enfants ?", Département d'anthropologie, Université Lakehead, c. 2015, Rapports du Centre national pour la vérité et la réconciliation, p. 36.

[14] Marek Tkach, "Manitoba First Nation works to identify 104 potential graves at former Brandon residential school", Global News, 14 juin 2021, mis à jour le 28 juin 2021.

[15] Rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, vol. 4, Les pensionnats du Canada : Missing Children and Unmarked Burials, McGill-Queen's University Press, Montréal et Kingston, 2015, p. 1.

[16] Ibid., p. 8.

[17] Ibid., p. 7-8.

[18] Ibid., p. 7.

[19] Ibid., p. 19, 22.

[20] Tk'emlúps te secwépemc, communiqué de presse, "Tk'emlúps te secwépemc, "KIRS missing children findings but a fraction of investigation and work need to bring peace to families and communities"", communiqué de presse, 15 juillet 2021.

[21] Mathieu Perreault, "Les ordres religieux dans les pensionnats, une histoire "québécoise"", La Presse Torstar, 2 juillet 2021. https://www.thestar.com/news/canada/2021/07/02/religious-orders-in-resid...

[22] Centre national de vérité et de réconciliation.

https://nctr.ca/residential-schools/british-columbia/kamloops-st-louis/

[23] B.C. Archives, Genealogy, General Search http://search-collections.royalbcmuseum.bc.ca/Genealogy (en anglais seulement)

[24] Bibliothèque et Archives Canada, Série de dossiers scolaires - 1879-1953 (RG10), À propos des documents : Sous-fonds du Programme des affaires indiennes et inuites : Série de dossiers scolaires, 1879-1953 (RG10-B-3-d), BAC c-8770, numéro 829 ; BAC c-8773, numéro 1323.

[25] Rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, vol. 4, Les pensionnats du Canada : Enfants disparus et sépultures non identifiées, p. 9.

[26] Pensionnat Kamloops, Kathleen Michel, Bibliothèque et Archives Canada, Série de dossiers scolaires - 1879-1953 (RG10), BAC C-8773-01350.

[27] Rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, vol. 4, p. 118-119.

[28] Jorge Barrera, "Catholic register, survivors offer clues to who may be buried in cemetery next to Marieval residential school", CBC News, 20 juillet 2021.

En ligne : https://www.cbc.ca/news/indigenous/marieval-cemetery-graves-1.6106563

[29] Mathieu Perreault, "Les ordres religieux dans les pensionnats : une histoire "québécoise"", loc. cit.

[30] Rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, vol. 4, p. 125-134.